Hépatome I Stéatose 2

Publié: juillet 29, 2011 par lesionsdangereuses dans saison 1

Bien lointaine Kontess,

Que vos ordres sont charmeurs, autant que le rappel de vos courbes. Ah ! la merveilleuse conque de votre ventre aux vergetures érogènes, et dont les entrailles pures ne se sont jamais abaissées à donner vie dans de grandes eaux  (et la terrible débandade de la descente d’organe), mais restèrent fidèles au destin stérile de votre haute naissance. Sachez ô combien je comprends vos désordres haut-garonnais que je ne pourrais moi-même endurer qu’avec le courage aviné qui est le vôtre. Le soleil vous assèche et la solitude vous assoiffe, voilà la tragédie qui vous frappe dans cette ville couperosée imbibée de cette populace que vous affublez du nom de bobo. Je saisis votre mal. Hélas, si ça va mal chez vous apprenez donc que cela est pire chez moi. Vous me tenez propos au sujet des dents toulousaines. Certes elles sont cariées ! Mais, ma chère, quelle chance, elles peuvent encore mordre ! Il n’en va pas de même pour les girondines. Soumises à une hygiène despotique elles ont tout simplement disparu, ne laissant à la vue du quidam non avisé que le piètre spectacle d’un replis gras tenant lieu de lèvre inférieure venant s’avachir sur de vieilles gencives boursouflées qui n’ont jamais goûté au plaisir de la chair. Maudite mollesse des rentiers ruinés et ruineux qui peuplent cette ville, et qui naguère m’ont fallacieusement charmé par cela même qui aujourd’hui ne m’inspire plus que dégoût, moi qui pensait naïvement que cette faiblesse du maxillaire traduisait une tendance marquée au nomadisme d’abreuvoir alors qu’il n’était en fait que le masque de la vaine envie d’une abstinence honteuse. Imaginez le désarroi qui est le mien et que je dois traiter à grands coups de godet, me confessant trois fois par jour derrière le voile éthylique de mon caviste aux moeurs grecques ! De grâce n’enviez pas ma position, le coup est bien plus coûteux chez moi même si le breuvage rivalise. Ne me parlez donc plus de vos peripatépitiennes !

Non, je ne reviendrai pas, chère partenaire goulottante, même si l’esclavage de votre proximité possède une douceur hépatique sans égale et dont les effluves liquoreuses m’ont à jamais envoûté. Vous me répondrez certainement pourquoi demeurer ainsi dans ce pays où le boboïsme aigu que vous décrivez n’est jamais parvenu, incapable de s’immiscer dans le creux de ces vieilles pierres taillées qui dessinent les artères de cette ville croulant sous les obsessionnels éloges de vieilles biquettes du XVIIIeme égarées devant une vitrine Louis Vuitton, image d’un esprit sobre et rigide, alors qu’il serait plus simple de faire fronton ensemble. Tout simplement parce que j’ai succombé à un autre esclavage que le vôtre et qui se nomme le Bergerac affiné. Non ce n’est pas un alcool mais un tabac brun avec lequel j’accompagne toutes sortes de substances herbacées, mais certainement pas celles que tous imaginent et que je laisse volontiers à ces derniers afin qu’ils en embrument leurs synapses inusitées, héritage d’une naissance inconvenante. Mais, rassurez-vous, ce n’est jamais sans l’accompagnement d’un jus de fruit fermenté qui sans cesse me ramène à vous et à votre migraineux souvenir, à tel point que ma vue chaque fois se trouble. Voyez donc l’influence qui est encore la vôtre et la puissance de votre fragrance toulousaine. Non, vous ne transpirez pas le bonheur, mais bien plus ! Transport de désir en chatterie barbare où Léopold fréquente Donatien !

Je n’y tiens plus, très chère compagne de notre saligot-élément préféré, la distance qui nous sépare ne devrait jamais être supérieure à celle qu’exige un alcoolique au zinc dans l’attente de sa première bière. Pourtant il nous faut cheminer, que dis-je, tituber momentanément l’un sans l’autre comme deux êtres gauches au caractère ambidextre car deux verres en valent mieux qu’un. Mais nous nous verrons bientôt, et nous sombrerons à nouveau comme il se doit dans le temple des pires embauches, affres de voluptés partagées, une espèce de communisme sexuel où les hommes ne sont plus érectiles et où les femmes s’endorment sans doliprane.

Cela m’est fort gré de savoir que vous fréquentez mon ancien amant israélite dont le nom m’échappe ; le reste aussi il faut bien l’avouer. Je ne garde de lui que le cadre, comme si son visage n’avait été que le reflet d’une réalité phantasmée. Ceci dit si vous l’avez choisi il doit posséder des qualités que j’ignore et que vous me ferez j’espère prochainement partager. En tout cas votre soirée au Pangolin ne vous a visiblement pas remise de vous-même. Il faut dire que cette taverne, tenue je crois par le cousin germain de Ambroise Du Bas-Pays, n’a point le chaland digne de son rang ce que je ne goûtais déjà guère au temps où je fréquentais ce lieu. Tenez bon, vous trouverez partenaires à votre coude, ayez foie en vous.

Je vous laisse, enivrante Kontess’ dont le goût pour le plaisir saphique me rendrait presque femme. Oui je suis votre anchois demi-sec à une demi-queue de vous celui que vous moquez si bien mais dont vous vous languissez, maltraitée par vos amants de bistrot inefficaces. J’accours dans la distance un verre à la main et le gosier bien plein vous postant dès aujourd’hui cette missive car je me refuse à jeter une bouteille à la mer.

Eructément vôtre.

JRDP, Marquis d’Estrella, Grand-Délecteur de Damm.

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