Hépatome I Stéatose 6

Publié: juillet 31, 2011 par lesionsdangereuses dans saison 1

Oh misericordieuse Kontess,

Je m’incline devant ce qui reste de votre jeunesse prématurément disparue afin d’implorer votre pardon pour cette brève nocturne que je vous ai hélas transmise. Je n’étais plus moi-même, pris par du mauvais houblon que m’avait rapporté cet empoté de Cadfaël, un de mes jeunes domestiques aux origines scandinaves. J’accepte à l’avance votre peine. Oui, châtiez-moi je vous prie, maintenant que mes esprits sont revenus. Bastonnez-moi comme au bon vieux temps, quand vous cogniez le steak pour le rendre plus tendre ! Infligez-moi les pires sévices, saignez-moi de vos turbulentes verges !
Sachez seulement que je ne suis point l’unique coupable. Non que je veuille ajouter à votre peine, mais parce ce que vous comprendrez mieux ainsi ma faiblesse passagère ; laissez-moi donc vous conter.

Hier soir, aux alentours de 21h, voici que la bonne vient me trouver, m’annonçant l’arrivée d’un individu des plus étranges, supposément mandaté par un certain baron Jankulowski, et qu’il est fort urgent que je le reçoive malgré l’heure avancée. Ainsi me voilà contrarié dans mon pèlerinage éthylique, à l’instant même où je venais de déboucher mon second flacon d’Angélure. Je descends les escaliers de marbre prenant garde de ne point trébucher, torgnolant ma femme à mi-chemin après l’avoir prise violemment devant la bonne qui prestement se jeta sur mon empisard afin de laper les dernières gouttes de mon suc olympien, dont j’avais rempli ma conjointe auparavant, et qui s’écoulait encore après mon divorce anal. Je lui cassais deux-trois dents à la fin de son office (à la bonne, bien entendu) et je rejoignais l’étranger qui patientait dans le salon du rez-de-chaussée, dans lequel l’édentée l’avait introduit. Son air béat et sa tenue débraillée laissaient à penser qu’ils n’en étaient pas restés aux présentations mais cela ne me concernait guère, bien que pouvant expliquer l’annonce tardive de sa venue.
Il était plutôt bien fait, la carrure teutonne et le teint hâlé traduisant une vie au grand air. Sa paluche large et sa poigne ferme me donnaient déjà un regain de vigueur. Il pouvait s’estimer heureux que j’eus croisé ma femme entre-temps. Mais son port altier et les traits étonnamment raffinés de son visage n’oblitéraient pas l’identité de son mandant. Que venait-il m’annoncer ce héraut saxon ? Imaginez donc, à cette heure-ci, ma chère, le pire était à craindre, notamment l’arrivée du baron avec son harem de nubiles à déflorer. Que nenni ! Soulagement jouissif que ma servante au patronyme ukrainien dut promptement contenir évitant de la sorte un épanchement trop abondant. Jankulowski rentrait directement au bercail et ne pourrait m’honorer de sa présence. Comprenez donc qu’à l’écoute de cet émissaire apollinien, emporté par un élan de philanthropie, suite à mes soulagements successifs, je lui proposais de m’accompagner à l’étage terminer le flacon délicat qui se languissait de mes lèvres anfractueuses. Le bougre ne se fit pas prier ; en cela je sus que le baron l’avait possédé ; et nous étions dans mon salon privé deux secondes plus tard, mêlant vinasses et galochades, houblon frelaté et castagne, pour finir entre poire artisanale et emmanchage brutal. Le croirez-vous ? Lorsque je rouvris les yeux, femmes et enfants, ainsi que notre cher messager, étaient paisiblement étendus sur un lit de verre brisé, drapés de semences et purulences sanglantes. Quel bonheur, et quelle tristesse à la fois, de les voir ainsi cadavériquement épuisés, moi qui étais, une fois n’est pas coutume, foutrement nécessiteux.

Je décidais donc de descendre à la cave siffler les dernières bières et autres délictueux millésimes que mon esclave pré-pubère avait garnie, non sans avoir auparavant fait montre à mes partenaires ensommeillés de la vigoureuse attention que je leur portais. Le désir de refermer à jamais l’orgifice rectal de ma bonne me traversa l’esprit, mais ma vue vacillante ne me permettait guère d’utiliser fil et aiguille. Je remettais donc ça à plus tard. Le poignet endolori mais le corps plus léger je dégringolais les marches de pierre, et m’enfourraillais la mousse qui me rappelait à vous. A vous et votre baron polonais qui vous vampirise de ses vénales vomissures.  Pourquoi me conter le plaisir que vous y prenez ? Vous me torturez ! Comment voulez-vous que j’y tienne quand une famille, que dis-je, un royaume ne peut me contenter ! Alors que vous, dont la pantagruélique plaie n’a d’égale que votre inextinguible soif, êtes enfin comblée par le rabbin de vos dérélictions, parfumant désormais de l’encens de vos plaintes la synagogue du plaisir. Ah, ma chère, moment de faiblesse d’un noble marquis en plein retour d’âge ! Ne me jetez pas la pierre d’avoir songé à vous écrire mes sentiments au détour d’un verre d’eau vide et à la lumière du jour naissant, car comme dit le poète : Inde genus durum sumus, experiensque laborum, Et documenta damus quâ simus origine nati.
Oui, votre honneur est sauf et je dois être sévèrement battu. Ô venez vite me nourrir de supplices nouveaux issus de votre  imagination fertile. J’attends, ma chère Kontess, votre brutale absolution que vous saurez si généreusement m’offrir ; un refus de votre part serait pour moi crucifiction. Adieu !

Votre indigent et eructif

Jean Raoul de Pauchoir, Marquis d’Estrella

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