Hépatome I Stéatose 7

Publié: août 1, 2011 par lakontess dans saison 1

Ah, cher ami, cessez de vous corrompre dans ces niaiseries domestiques. Ne voyez-vous point à quoi vous êtes rendu ?

Vous me persécutez avec autant d’éclat que d’opiniâtreté, et n’avez de cesse de débiter cette viande froide des souvenirs.

Vous me flattez la croupe ; encore faudrait-il joindre le geste à la parole, et vos promesses ont le goût avarié des voeux de l’éjaculateur précoce à son amante non avertie. Vous partez trop vite, mon puceron ; il vous faut trouver la rédemption via la rétention. Agité par des bouffées tachysystoliques, votre patois se pare d’idiotismes. Enfin…

D’aucuns vous diront le contraire, mais je n’ai guère de nouvelle de notre ami, pas plus de sa rectitude. De fait, s’agit-il bien du même individu ? Je m’étonne de son titre, car il me paraît plus bourrin que baron. Mais qu’importe.

Ces deniers jours ont été pour moi source de tourment – ma vie est un foutoir, j’ai besoin de temps pour me réonaniser un peu – aussi vais-je me retirer à la campagne chez mon amie la Markiz de Babeau Bouldoux. Mon ancienne compagne de couvent, téméraire voyageuse, revient en effet des Indes avec dans ses malles, je l’espère, quelque bayadère distrayante, dont je conçois déjà de faire tinter le grelot.

Je me sens lasse. Possiblement la rançon de ce vin vigoureux dont je n’ai eu de cesse de m’abreuver. Ou le contre-coup d’une récente orgie, débutée à l’occasion de la réunion d’un cénacle tenant séance chez Le Comte de Valence-d’Agen, où je me fis posséder avec jubilation. La bacchanale s’acheva rue de l’Orient, où je visitais nombre loges, et dessous de tablier, entreprises qui me mirent d’équerre. Mon entendement était consumé par la flamme écumeuse de ma matrice, criant famine devant la double promesse d’un profond labour et d’un ensemencement maçonnique. Ma vue troublée changeait Vulcain en Adonis, aussi je fis un détour par la cambuse pour me taper le cocher, la bonne, et un ecclésiaste venu se repaître des reliefs de l’orgie de la veille, que j’aidais d’ailleurs à réciter son office. Rien ne semblait pouvoir interrompre ma fureur utérine, rien, pas même le jeune écuyer que je débauchais dans une chevauchée qui fit passer à l’étalon son dada pour les bêtes de sommes. Ainsi remise en selle, encore étourdie par ce manège, mais assoiffée par l’activité hippique, je me mettais en quête d’une cuverie convenable.

Le temps passa. Assouvie, j’entendis qu’on sonnait les vêpres, aussi je rejoignais la Dalbade afin de m’enquérir de l’état du cureton, mon frère incestueux. Tout absorbé par ses liturgies, mon curaillon ne daigna répondre à mes oeillades provocantes. Je malaxais nerveusement mes appâts ; rien n’y fit. Stupeur. Affligée, je ne pouvais pourtant lever l’étendard de ma révolte. Moi, Lampégie d’Orval, ignorée de la sorte ! J’errais entre les bancs, la tête basse, une main portée à mon front, ouvertement déshonoré, l’autre sous les jupons, honorant des recoins abscons. Me laissant porter par la mélancolie, je dérivais jusqu’à un prie dieu disposé à l’écart de la nef, proclamais ma pénitence et, prostrée, m’adonnais à la dépravation. C’est dans cette position que me trouvait un galant échaudé par l’oraison. Pris d’un vif élan, il psalmodia ses prières jaculatoires et trouva raison en mon fondement.

J’étais saisie.

Il me prit à nouveau de profundis, avec entrain, à grands coups d’encensoirs, et dans une ferveur quasi religieuse. Le servant de messe nous observait avec bienveillance ; il s’avança vers nous, son panier à la main, reluquant le mien. D’un geste, il nous fit signe de quitter notre sanctuaire, et de l’autre, bénit son pouce à la source de mon bénitier. Nous nous retirâmes, encore, non sans avoir récité un Anus Déi sur le parvis du lieu, désormais sain. Main dans la main, copinant con contre pine, nous vagabondions au coeur de la ville rose. Mon amant, homme de science, tient un cabinet d’obstétrique du côté de la Pargaminière, local qu’il a agencé avec goût : entraves, godemichés, colliers de louvetiers et fouets se juxtaposent dans un ordre qui charme l’oeil. Il m’entraîna donc dans sa garçonnière et me soumit à un examen des muliebra, sans procédure de compromis. Depuis je poursuis mon maïeuticien à franc étrier. Il a tant à m’instruire ! Je ne saurais satisfaire mon appétence pour ces techniques nouvelles !

Malheureusement le sot est parti en Bourgogne rejoindre ses collègues de l’Académie et me refuse le voyage, craignant sûrement que j’élargisse mes compétences en m’offrant à la concurrence. À défaut de lui servir de sujet d’étude, je me fais donc fallope.

Je me dirige à l’instant vers le pays albigeois, entre la Rouergue et les montagnes de suif, me faire houiller la cramouille avec la férocité que vous me connaissez. Pituite, ma douce amie, ma servante fidèle et servile, m’y accompagne ; elle se chargera de me transmettre vos correspondances, si toutefois celles-ci ne soutiennent pas votre lypomanie, je l’espère, temporaire.

Ardemment mienne, pour l’heur

Lampégie d’Orval, kontess’ de Bourgueil

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