Hépatome I Stéatose 9

Publié: août 4, 2011 par lakontess dans saison 1

Mon escabèche

Je ne reçois qu’aujourd’hui votre lettre, cette sotte de Pituite l’ayant dérobée pour mieux s’en réjouir à ses heures solitaires ; les derniers chapitres  sont presque illisibles tant l’idiote y a imprimé la marque de sa fougue.
Au demeurant, je devine que vous évoquiez mes passions nécromances, ainsi que le décès prématuré de Cadfaël, que le sort a fait périr avant que d’avoir goûté mon élixir.

Vous l’avez compris, me voilà délaissée par mon baron. Rendu de ma poitrine ptosée et, à n’en point douter, présentement occupé à flatter les jarrets fermes et les aisselles encore lisses de quelque jouvencelle bien née, il se laisse pousser par ses obsessions mélancoliques et accomplit tous les péchés thélotiques. Ne lui déplaise, j’offre ma noix de muscade aux savoirs orientaux glanés par mon amie au gré de ses incartades, libidineuses, et c’est encore enduite d’un cataplasme de sarriette et de menthe poivrée que je dicte à Pituite, l’inquisitrice, ces quelques lignes que, je l’espère, elle ne consommera pas seule dans sa piaule, mais daignera transmettre au coursier.

À peine éloignée de la ville rose que je recouvre déjà mes couleurs. Le voyage fut des plus ennuyeux : à tout moment je rêvais que surgisse un brigand qui nous ferme la route, et entreprenne d’écarter mon calicot. Mais rien. Nib. Que dalle. Rien que les cahots répétés de ma monture, et le doux frottement de son crin contre le mien (je n’ai pas perdu cette habitude de monter « à cru »).

Heureusement nous fîmes étape à l’Auberge du Puy Gouzon. Après m’être abreuvée d’un cidre bien fait, et avoir constaté que le tenancier l’était aussi, je m’adonnais à la ripaille avec ma Pituite, la petite n’ayant encore fauté ; elle était toute de caresses et de gestes déplacés.

La taverne exhalait ses vapeurs avinées dans la nuit sans lune, mais pleine de promesses de débauche. Minuit sonnait quand la porte s’ouvrit sur une équipée de voyageurs, l’air torve, visiblement harassés, et affublés d’étranges guenilles. Du groupe de saltimbanques se détachait un beau spécimen, auréolé de mystère et de vice conjugués. Je n’y tenais plus et m’empressais de faire sa connaissance. Le bohémien, contorsionniste, m’ébaudit de ses prodiges, qu’il me distribuait avec largesse, de figures acrobatiques en réceptions gymniques, et je me cabrais de plus belle, défiant l’âge et le cartilage de mes articulations. Échauffée, je passais en revue le reste de la troupe, secondée par ma Pituite.
Le réveil fut douloureux, et j’arrivais chez mon amie dans une posture inconvenante provoquée par ces exercices, ne pouvant, au matin, qu’enjamber les genoux du cocher. Ce dernier me maintint tout du long dans ses bras puissants pour atténuer la brûlure de mes multiples blessures.

Par chance, la demeure de la Markiz se situe dans l’immédiat voisinage de Léopold de Pommade, cavalier de renom et chiropracteur méconnu, à son tour fidèle au serment d’Hypocrasse. Aussi depuis avant-hier je me fais débloquer par mon guérisseur. La journée se déroule de la sorte, en allers-retours entre le logis de mon amie et celui de mon docteur, me reposant dans le harem de l’une, et me livrant au haras de l’autre.

Remise sur pieds et en selle, je quitterai le pays albigeois pour la fin de semaine. Des affaires de prime importance me retiendront à Toulouse encore quelques jours, puis je viendrai vous sur-prendre et goûter la tiédeur de votre chair décatie.

Saindoucement vôtre

Lampégie d’Orval, kontess’ de Bourgueuil

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