Hépatome II Stéatose 1

Publié: novembre 18, 2011 par lesionsdangereuses dans saison 2

Ah ma chère Lampégie,

Détrompez-vous, ce n’est pas la censure qui est cause de mon silence, ou la pingre irrésolution de notre éditeur aviné. Non. Me voici, depuis mon retour du lieu de nos débauches estivales, bouclé dans l’enceinte de l’hospice de Clichy, victime malheureuse de la délation d’un de vos amants, visiblement saisi d’un irrépressible sentiment de jalousie, le goulot à peine renversé, à la vue de votre nature partageuse. Là où je n’ai vu que vertu, le jeunot à peine défloré n’y a vu que du vice. Vous auriez dû prendre garde à son jeune âge, où la vigueur des pulsions vainc aisément les rigueurs de la raison. Je ne vous accable pas, ma chère, il fallait bien que commerce se fisse.

Sachez seulement que j’ai beau me démener, désormais rien n’y fait, nul ne veut croire à la santé de mon âme innocente. Même les infirmières que j’attouche délicatement par quelques paroles à double lampes ne peuvent me souffrir. A peine m’approché-je qu’elles reculent d’un pas mal assuré, refusant la moindre léchouille, le moindre relent de vapeur post coïtale au démuni que je suis, demeurant ainsi avec ce seul arrière goût de javel au fond du palais. Vous qui vous plaigniez de vos sécheresses, voyez donc ma situation ! Je suis tellement sec que je ne défèque plus !

Seul ce cochon de directeur est convaincu de ma bonne foi, et encore prétend-il que je feins la constipation comme je feins la folie, ce qui en est paradoxalement un signe évident, dernier stratagème que mon cerveau d’alambic aurait conçu pour vivre ainsi aux frais de l’état. Je crois qu’il m’a vu plus grand que je ne suis, confondant prince et marquis. Et pour cela même il réclame vengeance, l’apôtre de l’égalité, son cartésianisme patent le conduisant à ne plus vouloir que je le quitte. Ah si ces moeurs étaient plus libres, et sa raison plus dirigée, je pourrais le soulager de mon poids, et retourner en la capitale écumer quelques nectars oubliés dans les tavernes les plus stupréfiantes.

Hélas, à son image, je manque de méthode et ne suis déjà plus qu’un animal de foire, à l’équilibre triste, que ces banlieusards de la pensée traînent au sein de leurs orgies quotidiennes, m’imposant ainsi le spectacle assassin de leurs pariades, martyr d’une participation qui m’est interdite. L’inclination que nous pouvons ressentir au contact de la jeunesse n’est-elle pas pourtant le signe d’un amour non exclusif, global et sans limite ? N’est-ce pas la définition même de l’amour ? Comment peut-on condamner comme la pire turpitude la plus divine vertu ? Sadisme médical de la castration !

Heureusement, je puis encore m’échapper par votre souvenir et celui, déjà lointain, de nos travaux dirigés, cette liberté corporelle, ce fougueux syndicalisme à l’éthanol que vous vous plaisiez à qualifier de corporatisme d’abreuvoir et dont tous les contempteurs du corps enviait l’âme. Les mots se perdent ma chère, de nature en convention !
Venez donc, intercédez en ma faveur, la couche me guette, je le sens, je le vois au regard de ma silhouette gironde, fruit d’une abstinence imposée. Les patients possédant encore l’oralité me débectent, je ne puis souffrir leur verbiage métaphorique. Seuls ceux dont l’esprit a franchi le seuil critique du non-verbal, ou au mieux, les bègues de la pensée qui évitent de trébucher sur les mots, me contentent. Le reste ne me rappelle que trop hier, nostalgie d’un temps futur.

Madame de Levesc, vieille baronne bannie par la cour élyséenne pour cause d’accouplements illégitimes, qui, depuis ce triste décret, n’a plus pipé mot, daigne me soulager occasionnellement de son phrasé râpeux, héritage certain de ses frasques zoophiles. Nonobstant mon manque de vigueur certaine, elle m’a signifié, par de grands gestes sibyllins que le temps aide à déchiffrer, qu’elle trouvait mon membre fort à son goût, et qu’elle allait, par des connaissances qui lui sont restées fidèles, je ne puis d’ailleurs me l’expliquer, introduire frauduleusement en l’hospice des breuvages parmi les meilleurs.

L’espoir de rejouer ainsi cette partition que nous connaissons si bien, et de pouvoir écluser ces aphrodisiaques de potomane, m’a requinqué suffisamment pour me permettre de vous griffonner cette missive, avant que les vapeurs vénérées de ces élixirs me retirent à moi-même. J’ai bon espoir qu’elle vous parvienne, malgré le filtrage du directeur. Je vais la confier à l’un des amis de la baronne qui la remettra à notre éditeur à qui je dois la lecture de la vôtre. Contactez je vous prie votre croupion juif qu’il me sorte de ce vilain pas, au moins servira-t-il à quelque chose, car je crois tenir de vous qu’il a le bras long. Et s’il ne le peut, venez vous installer ici. Je puis vous assurer qu’il n’y aura guère d’obstacles qui se présenteront à vous, car, croyez-le, il est plus aisé d’y entrer que d’en sortir. Mais cela je vous le conterai ultérieurement car le temps m’est compté. Dans l’attente de votre venue, recevez mes plus belles semences, et sachez que je demeure, lubriquement vôtre.

JRDP

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